Je tombe.

Quel âge avez-vous ?

Moins de 18 ans

18 ans ou plus

Je tombe. 17 21/12/08 à 20:49

La table est mise. La table de famille. Là où l'on a pu rire, déjà, tellement de fois. La table est mise. La table de fête. Ce soir, c'est raclette. La soirée aurait pu être belle. Qu'est-ce que je peux haïr ce conditionnel. Papa a quelque chose à nous dire, ce n'est pas facile, c'est sa faute. Ses lèvres tremblent, ultime tentative pour retenir les larmes. Il y a du rouge dans ses yeux, il y a du sang, une poche percée, une plaie fraîche. Difficile à croire, je ne l'avais jamais vu dans cet état. Je l'avais toujours cru plus fort que tous les autres et avais pris soin de cette image de lui. Mais personne n'est invincible. Le ton est solennel, comme quand, je me rappelle, il m'avait annoncé la mort de ma grand-mère devant mon chocolat chaud. Oui, quelque chose est mort. On attend le verdict, on attend le coup, on attend la chute. La chute de la guillotine au-dessus de notre tête qui viendra nous briser la nuque, abruptement. On attend l'instant qui viendra changer notre vie. Divorce. Alors on s'écroule, je m'écroule. Non, pas eux. Pas eux. N'importe qui, le monde entier s'ils veulent, tout le monde, tous les autres, mais pas eux. Pas eux. Agonisants tout à coup. On se croirait dans un cauchemar, de ces cauchemars dont on se réveille en larmes. On voudrait l'entendre, cette fois, la stridence si désagréable du réveil. Tout devient si dérisoire. Les notes qui visitent les sous-terrains, les amitiés qui s'éloignent tranquillement, à pas feutrés, l'amour si faux, si sale. Ca ne vaut tellement plus rien tout ça, de la pacotille, rien de plus. Et on pleure, on chiale, on hurle à la mort, on se dit merde, merde, il y a un instant j'étais heureuse et je ne le savais même pas. Et maintenant ? Les lambeaux de famille, qu'est-ce qu'on en fait ? Le grand frère qui essaye de rester fort lui aussi, qui essaye de me retenir du mieux qu'il peut, qui ne laisse couler qu'une larme pendant que je crie, qui tente vainement de tenir ma douleur avec la sienne, qui agit de la même façon que quand on était malades plus petits, qui veut nous protéger. De la même façon, sauf que cette fois c'est incurable. Et la petite soeur qui n'a pas encore réalisé tout à fait, qui n'est pas en âge de comprendre et qui veut seulement jouer, encore, encore. Et le père fautif qui fuit et s'excuse, et dit savoir qu'on lui en voudra pendant longtemps. Et la mère victime qui contient ses larmes, ravale sa douleur avec dignité et ne demande qu'à ne plus entendre notre douleur et se contente d'énoncer des faits. "Il habitera avec une femme de trois enfants rue Faventine." "Le pire, c'est qu'il reste l'amour." Ils détaillent ensemble le commencement, le déroulement, les lettres d'amour, les tentatives de mon père pour ne plus la voir, les textos en douce. Tranquillement, ils nous résument brièvement la vie secrète qu'ils ont menée. Et tout devient limpide, les hors-forfaits, les retour du travail tard le soir, le départ à paris, les disputes et les propos tenus de maman à propos de l'amour qui n'existe plus, des hommes qui partent toujours voir ailleurs. Et les cris qui résonnent dans la maison vide à présent, inhabitée ; les souvenirs qui ont foutu le camp, et le bonheur avec eux. Et les murs de la chambre qui tremblent, ne supportent pas plus que moi, la vie qui n'a plus de sens, le futur qui devient noir tout à coup, le passé brouillé par les larmes qui n'aura plus jamais de place au sein du cocon familial, la maison dont on abbat les murs, le mensonge découvert, l'avoeu soudain déclaré. La vérité qui éclate quand il n'y a plus d'espoir. Les projets qui tombent à l'eau. Demain nous n'irons pas à la fête du livre, demain il ne fera pas beau, demain il pleuvra des cordes, des cordes de larmes. Et ce que j'aimerais pouvoir me pendre avec pour ne pas avoir à subir, pour pouvoir esquiver. Pour ne pas avoir à observer la lente décadence, la vicieuse décomposition, la moisissure se coller peu à peu sur ces choses qu'on n'aurait jamais cru périssables. Ils se sont embrassés ce midi, j'ai détourné le regard comme je fais toujours, avec un sourire muet, en me disant que ce sera comme ça toujours, des baisers volés, des attentions d'adolescents, des premières fois multipliées avec innocence. Ils ont entretenus notre illusion pendant trois ans avec patience, par amour pour nous, pour nous protéger, et nous sommes restés aveugles. Trois ans, putain de merde. Alors de tout ça, on ne garde rien ? Tout ce qu'ils ont dit, faits, tout ce dont on a ri ensemble, toutes les fois où ils nous racontaient le passé d'un sourire, tous les regards, tous les baisers, tout ce qui ressemblait à de l'amour et nous faisait croire à un couple parfait que personne ne pourrait jamais briser, tout ça, pfuit, d'un coup, envolé, si vite ? Est-ce que c'est possible ? Et qu'est-ce qu'on va devenir ? Où trouverons-nous notre air maintenant ? Et comment ferons-nous pour vivre encore avec seulement chaque jour, la moitié de tout ?




Ecrit lors du divorce de mes parents, comme vous aurez pû le constater.
Même si cela est personnel, qu'en pensez-vous ?
Et, merci à ceux qui ont tout lu. Smile Jap

J'attend vos commentaires les gens. Papillon

Je tombe. 1/17 21/12/2008 à 20:51
Atta, je te rattrape !


[ Loul ]


EDIT : C'est pas mal, mais dans ta description y'a des lourdeurs.
Je tombe. 2/17 21/12/2008 à 20:58
Fuir n'est pas synonyme d'esquiver, d'une part.

Ensuite, la fin me laisse perplexe, quoique légitime, mais tu t'y feras. Fin, ça dépend de quand datent le divorce de tes parents et cette histoire hein -_-'

Mais j't'en parlerai en mp, ça sera plus simple.
Ici, on parle sur la forme avant tout, même si le fond a son importance.

Bref, texte très bien, au niveau de la forme syntaxe et tout le tralali qui va avec, quasiment rien à dire, si ce n'est qu'une légère habitude que je décèle en toi (peut être un moyen de montrer que tu as besoin d'air, j'en sais rien) qui est de très peu aérer tes textes.

J'pense pas que beaucoup de personnes diront pareil que moi, mais ça donne tout de suite un charme amoindri. C'est comme si tu regardais un éclat doré, mais flou à cause des rayures. En aérant un peu mieux le texte, notamment en paragraphe, j'pense que ça donnera de bonnes choses.

Bonne soirée à toi ma Petite :p
Je tombe. 3/17 21/12/2008 à 21:01
Ba .
Au début j'ai pas trop aimé . Comment le dire , j'sais pas .

Comme quoi il faut tout lire, car j'ai apprécié en fin de compte .
Enfin , on ressent, vraiment, et c'est d'ja bien .
=)
Je tombe. 4/17 22/12/2008 à 18:57
Merci à vous trois.
Et oui, mon éternel problème, l'aération de mes textes. Ca rébute surement pas mal de personnes pour lire mes textes je pense.. L'prochain j'essaie de l'aérer, promis. Timide
Sinon ce texte date de quelques mois, je ne l'ai pas écrit récemment donc, ce n'est pas mon état d'esprit actuel.

Papillon
Je tombe. 5/17 22/12/2008 à 19:21
Il est très joli et à la fois très émouvant, tu as eu beaucoup de courage pour écrire ça, quand on ne va pas bien c'est pas toujours évident de dire ce que l'on pense, en tout cas chapeau, très poètique ! Wink
Je tombe. 6/17 22/12/2008 à 19:42
C'est bien écrit et émouvant, mais putain les paragraphes, pitié...
Je tombe. 7/17 22/12/2008 à 19:49
Il y a des passages qui sont tellement moi... Je me le suis tenu si souvent ce genre de discours il y a quelques semaines...
Chapeau. J'adore. J'adhère.
Je tombe. 8/17 22/12/2008 à 19:52
CF TITRE:

Tombe...en...silence...stp...


Rire Arrow
Je tombe. 9/17 23/12/2008 à 00:39
C'est ... comment dire ... profond Smile
Je tombe. 10/17 23/12/2008 à 00:44
Ouh. J'adore.

[Petite parenthèse tranchante : même sur un beau texte comme celui là, on retrouve les rabat-joie
Mr. Green ]
Wink
Je tombe. 11/17 23/12/2008 à 00:50
Et moi je te rattrape.

Ben non j'ai pas lu ! Surprised
Je tombe. 12/17 23/12/2008 à 00:52
MISTER VODKA a écrit :
Et moi je te rattrape.Ben non j'ai pas lu !

T'm'étonnes, vu le pavé que c'est.
C'est pardonnable. Smile Jap

Owaii tu me rattrappes. Timide
Je tombe. 13/17 23/12/2008 à 00:54
Personnellement, je ne rattrape pas. Je balance un matelas. Après, je rattrape.

Innocent
Je tombe. 14/17 23/12/2008 à 00:55
Eresian a écrit :
Personnellement, je ne rattrape pas. Je balance un matelas. Après, je rattrape.

J'suis trop lourde, c'est ça ? O:

On dérive un peu là. Sifflote
Je tombe. 15/17 23/12/2008 à 01:13
Textuelle_ a écrit :
Eresian a écrit :
Personnellement, je ne rattrape pas. Je balance un matelas. Après, je rattrape.

J'suis trop lourde, c'est ça ? O:

On dérive un peu là.

Non t'es pas trop lourde, c'est justement que je dérive. Mr. Green
Nodnid 
Je tombe. 16/17 23/12/2008 à 02:40
Pavé César.
Je tombe. 17/17 23/12/2008 à 15:51
J'adore ! Smile
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