Il faisait beau et dans le parc régnait un air doux d'allégresse, apportée par les cris d'enchantement des enfants sur les jeux. Une femme pourtant était seule, assise avec un journal récent à l'allure néanmoins vieux et abîmé. Elle ne semblait pas être dans le même état d'esprit que ces parents tranquilles autour d'elle. Elle était impassible, son regard était fixe et dur, ses épaules semblaient peser tout comme son esprit, d'un sentiment lourd, comme un poids à supporter. Son corp entier paraissait engourdi, puis se reveillait à un rythme précis quand elle aggripait son journal, et que sans le feuilleter, elle arrivait toujours à cette même page. Ce même article du 03 avril.
On vit un homme à l'aspect maussade et vieillissant franchir l'entrée du parc, on entendit ses pas trainant sur les fins cailloux au sol, les bras repliés et les mains dans les poches. Son visage trop baissé, était difficile à discerner, il ne devait pas voir grand chose. Sans hésitation cependant, il joigna cette femme sur ce banc, pourtant entouré de nombreux autres libres. Ils restèrent ainsi, côte à côte, seulement séparé par le journal, longtemps silencieux, invisibles presque. On eut dit deux ombres au sein d'une peinture qui baclaient toute la vitalité, la joie, la beauté qu'un artiste voulut donner à son oeuvre.
Le banc se trouvait à proximité d'une fontaine, et le mince cliquetis des pièces de monnaies scintillant au fond de cette mer qui s'entrechoquaient couvraient le bruit de leur respiration. Cette douce sensation d'antan de l'eau s'écoulant avait maintenant un goût amer pour eux. L'homme retira son couvre-chef et le déposa à ses côtés. Il releva le menton et regarda toujours droit devant lui :
« C'est de notre faute n'est-ce pas ? »
La femme ne répondit qu'après quelques instants, d'un ton grave.
« Oui, je crois
- Non, c'est de notre faute.
- Tu m'aimes ? Demanda la femme
- Je t'ai toujours aimé Marie, j'aurais dû y faire plus attention
- Je t'ai toujours aimé aussi. Pourquoi dans ce cas ...
- avons tout brisé ? Acheva l'homme. Je ne sais pas, je ne sais plus, ca n'a plus d'importance maintenant, tu sais...
- Si ! Coupa Marie, ca en a pour moi ! Nous avons brisé notre famille, tu es parti, et je t'ai laissé faire, et, et je n'ai pensé plus qu'à moi et ... C'est notre faute Pierre ! »
Auparavant si sobre et immobile, le visage de la femme vira au rouge vif, éprise de colère et de tristesse, puis elle éclata en sanglot. Marie cacha son visage dans son journal. Pierre, ne sachant plus que faire l'entoura de ses bras mais elle se dégagea de son étreinte. Elle le repoussa de la main en reniflant, puis l'accabla : « C'est trop tard, j'ai eu besoin de toi dans le passé, et si tu avais été présent, rien de tout cela ne serait arrivé. Ce n'est plus la peine de réagir aujourd'hui, il est trop tard, beaucoup trop tard. Pourquoi Pierre, as-t'il fallu qu'un tel drâme arrive ? Pourquoi avons-nous laissé ces choses se dégrader de la sorte ! Pierre, rien n'a plus de sens, si seulement, si seulement ... Juste ... ». Et les larmes qu'elles avaient essuyé d'un revers de manches revinrent à ses yeux.
« Marie, je ... je suis désolé, tout est de ma faute je le conçois et saches que j'en souffre tout autant que toi ! Cécile... cette histoire n'aurait jamais dû être, rien de tout cela n'aurait du arriver, si, si seulement on ... » Elle le coupa à nouveau :
« Il n'y a pas de si, c'est arrivé, c'est notre faute. Je ne sais même pas pour quelle raison je suis venue ici, j'aurais voulu être de nouveau bercée d'insouciance, voir ses enfants courir comme elle le faisait, j'ai cru, j'ai cru que je réaliserais que ce n'était qu'un cauchemar, que toi et moi étions heureux avec Cécile. Mais ce n'est pas le cas n'est ce pas ? Nous sommes bien ces deux horribles parents corrompus qui ont amené leur fille à cette déchéance ?
- J'en ai peur. Je ne sais trouver les mots, nous avons gaché notre vie et anéanti la sienne. Je le sais. Il n'est pas pire tristesse que de perdre un enfant, sauf si peut-être, cela est la faute de ses parents. Nous sommes condamnés à avoir des remords tout le long de ce qui nous reste à vivre. Partons à présent, ensemble, s'il te plait ...
- Pierre... Je partirais sans toi, une fois de plus. C'est avant que j'aurais dû revenir, ou toi, peu importe. Il n'est plus l'heure.
- Mais ...
- Non, aurevoir Pierre. »
Et elle s'en alla, ajusta son manteau et son écharpe. Elle partit sans avoir accorder un regard au père de son enfant, elle partit en prenant soin de disposer le journal à cette page, à cette article.
Pierre versa quelques larmes, le visage dans les mains, au milieu de cette foule qu'il ne semblait pas voir, au milieu de cette foule dont ils faisaient partis lui, sa femme, sa fille il y a des années... Dans ce parc où il a vu sa fille grandir, dans ce parc où aujourd'hui, il vit sa fille en noir et blanc, sur cette photo, couchée, et livide.
On pouvait lire :
« La déchéance entraîne la déchéance, mort par overdose d'une victime de la dépression »
« La jeune fille n'avait que 22 ans et une longue vie devant elle. D'après un ami à elle, qui a découvert son corp sans vie dans son studio, elle aurait beaucoup souffert d'un manque d'amour précoce, qui l'a entrainé dans la spirale infernale de la drogue. Le couple que formaient ses parents étaient apparemment troublé et inatentif à la descente aux enfers de leurs filles selon ses dires. »
Pierre n'insista pas dans sa lecture, il savait deja tout, tout le mépris qu'on leur portait, et rien de toute manière ne pourrait le remplir encore plus de remords...
A son tour il se leva, et pris la direction opposée de sa femme, au passage il jeta le papier chifonné et trempé de larmes au fond d'une poubelle en pensant que c'est lui qu'on devrais jeté, qu'on devrait condamné. Il regarda la vieille fontaine, les enfants sur les balancoirs, écouta les éclats de rires une dernière fois. Il savait là, qu'il ne reviendrait plus dans ce parc, qu'il ne sortirait plus, qu'il ne serait plus jamais heureux.
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1/8 |
23/01/2008 à 18:30 |
Wow j'adore !
Magnifique !
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2/8 |
23/01/2008 à 18:40 |
Très très bien écrit, bravo !
(Juste, "sans avoir accordé", et pas accorder ;))
Sinon, j'ai vraiment beaucoup aimé, autant le fond que la forme ! (bien que je pense que dans la vie, ce genre de dialogue n'existent pas.)
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3/8 |
23/01/2008 à 18:57 |
CLAIRE_ a écrit :
Très très bien écrit, bravo !(Juste, "sans avoir accordé", et pas accorder ;))Sinon, j'ai vraiment beaucoup aimé, autant le fond que la forme ! (bien que je pense que dans la vie, ce genre de dialogue n'existent pas.)
Oui c'est sur, mais c'est difficile à retranscrire un dialogue de la vie de tous les jours à un récit. Enfin, onse comprends
Merci beaucoup en tout cas
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4/8 |
23/01/2008 à 19:43 |
J'ai adoré

Quelques petites fautes d'orthographe qui t'ont échappé mais on les oublie vite.
J'ai vraiment bien accroché...
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5/8 |
23/01/2008 à 20:04 |
Merci
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6/8 |
24/01/2008 à 17:29 |
J'ai beaucoup aimé
C'est super bien écrit =')
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7/8 |
24/01/2008 à 18:55 |
J'aime beaucoup.
Juste un mot qui m'a fait mal aux yeux, on dit pas "joigna" mais "joignit"
| Au parc (nouvelle) |
8/8 |
06/02/2008 à 17:49 |
J'voudrais trouver une suite pour l'allonger de quelques pages, mais j'aimerais d'autres avis si possibles