petit ange

Approchez braves gens, je vais vous conter une histoire, approchez Messires au nez crochu et Mesdames à la langue vireuse, gens aux visions figées et aux aboies de récits palpitants et méphitiques, mon histoire de cabotin n’est pas pour les gens de bon alois, si vous êtes de ceux la, passez votre chemin, mais au contraire, si vous reconnaissez votre misère, prenez place, posez vos panses sur vos cuisses et vos arrières sur un siège.

Cette histoire triste ne vous retiendra que par la curiosité et le nauséabond, l’émotion est une vertu bien trop onéreuse pour vos bourses, mais peut-être l’un d’entre vous la comprendra et celui la vous montrera du doigt, car je vais raconter une histoire qui dérange, une histoire d’un ange à qui l’on a coupé les ailes, sans honte ni pitié, pour le plaisir, braves gens, pour le plaisir.

Cet ange, je l’ai croisé un autre jour, un jour de bonne fortune, je l’ai rencontré par un hasard, mais je n’en suis plus très sur, cet ange m’a souri sans que j’en demande, j’ai pris son sourire et j’ai écouté l’histoire qu’il m’a raconté. Il a pris un visage de femme, pour elle, j’ai ôté mon masque de bouffon, pour elle j’ai découvert mes secrets, pour qu’elle m’ouvre son cœur blessé.

Je l’ai écouté raconter, à la fin de ses paroles, j’ai versé en sanglots douloureux des larmes d’humilités, j’ai touché du bout du doigt son âme déchiré, ce don qu’elle m’a fait, je l’ai remercié en pleures pour elle, pour cette fois j’ai offert ces larmes à celle que je trouvais belle, plus belle qu’aucune autre, celle la, je l’ai reconnu.
Son histoire, je la connaissais, mes secrets ressemblent aux siens, comment vous expliquer ce que vous êtes peut-être. Sa souffrance est ma famille, ses peurs mon carcan, j’ai tendu la main, elle l’a saisie, je suis parti à ses coté pour un instant, le temps pour elle de poser son sac, trop lourd pour ses frêles épaules.

Tant de souffrances pour un si petit ange, ses ailes ont brûlé par la bêtise de ceux qui sont l’engeance du pire, les démons au visage de courtoisies, des monstres ordinaires comme on en croise sans le savoir, ceux la qui vous sourient et que vous croyez.
Enfance sans joie et sans rire, où les coups remplaçaient l’amour, où les douleurs hurlaient en silences au lieux des caresses si désirées, la petit ange meurtri n’a pas appris à aimer encore moins à être aimé, il a appris à avoir peur et à craindre, de ces peurs qu’aucun enfant ne devrait jamais connaître, mais le petit ange a grandi, malgré la colère.

Un peu plus loin, quand il pensait que la porte était fermée que tout cela se trouvait de l’autre coté, d’autres démons sont entrés, brisant la porte et les rêves du petit ange, en un instant, le temps d’un plaisir, pas le sien, celui d’autres, celui de ces monstres aux vices déchaînés, son innocence est parti dans un petit cercueil de bois ordinaire. Elle a eu mal, si mal que cette porte ne s’est plus jamais refermée, alors elle a rangé ce mal, entouré d’un mouchoir humide, dans un coin de son âme, elle s’est fané, un peu.

Maintenant, le petit ange se réfugie dans la méfiance, il ne sait pas faire autrement, il se recroqueville et fulmine, si on l’approche d’un peu trop prêt, il se défile si on touche son cœur abîmé et je ne sais plus comment lui offrir mes larmes, les autres lui ont pris tout ce que j’aurais pu lui donner, comme je les hais, ceux la, je crache sur leur visage de tout le monde, je vomis sur leur faciès d'indifférence, à cause de vous, je ne peux plus approcher ce petit ange et bon dieu que ça fait mal.

Mon histoire ce termine ainsi braves gens aux visages ordinaires, elle vous a plus, j’en suis sur, vous êtes de ceux la. Rentrez chez vous, vos mémoires sont si brèves, moi, je vais m’en aller, je vais retrouver ce petit ange et essayer de nettoyer vos salissures, braves gens.


La Mesnie Hellequin.

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