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Porte. |
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19/02/10 à 11:10 |
Je me suis souvent demandée ce qu'il y avait derrière la porte. Derrière les portes. Celles qu'on n'ose pas ouvrir, les portes secrètes, les portes-dangers. Derrière la porte blanche et virginale de la maison grecque, derrière la porte en contreplaqué de l'appartement minable, derrière la porte imposante et lambrissée du bureau du père de famille. A vrai dire, je me le demande encore, souvent, je ferme les yeux et j'imagine. Oh, ce n'est pas très dur, essayez... Oui, voilà. Qu'est-ce-que c'est, pour vous? Moi, ce que je vois dépend de mon humeur. Parfois, je suis nostalgique, et alors je vois une femme entourée de voiles gris et beige qui l'entourent comme un linceul mouvant. Parfois, la colère me ronge, et je vois des armes, des armes à l'image de ma rage, froidement étalées sur le parquet autrefois chaleureux, des pistolets et des couteaux, des coups bas et des hauts visages, des ravages. Parfois, j'aime, et alors c'est un orage; salvateur. Et l'eau terreuse et sale s'infiltre dans mes veines, et elle submerge mon être qui tout entier lui est reconnaissant. C'est un orage qui est comme le feu; il a une senteur âcre et profonde de patchouli et de mûre, une odeur capiteuse comme le sang.
J'ai souvent essayé d'ouvrir les portes. Cela ne m'a pas toujours été bénéfique. Parfois, j'ai réussi et je n'ai trouvé derrière qu'un capharnaüm de mensonges et de tromperies, qu'une mêlée de boue et de fange. D'autres, je n'ai pas réussi à les dépasser. Oh, j'aurais pu passer par les fenêtres, mais non. Ce sont de ces pièces dans lesquelles on sait qu'il ne faut pas pénétrer; on approche notre main de la porte, mais une force invisible nous repousse, l'insidieuse conviction que ce que l'on va trouver est trop douloureux ou trop beau pour que l'on puisse le voir.
Il y en a une que je n'ai jamais ouverte. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, pourtant. C'est une porte légère, en bois clair, qui a une fragrance de fleur fraîche et de soleil. Elle est douce, caressante, avec de fines nervures à peines plus foncées, couleur terre brûlée, terre ocre de désert. Elle est lumineuse. Je pense que derrière il y a une grande prairie verte, où des enfants se roulent, et dans laquelle poussent des jonquilles. Ou un village immaculé rempli de gens heureux. Ou peut-être seulement un lit blanc, aux draps défaits, un lit qui respire le bonheur froissé d'un matin alangui, un lit d'amour. Aujourd'hui encore je me suis arrêtée devant cette porte, et j'ai pensé. Bien sûr, j'aurais pu l'ouvrir, mais n'aurait-ce pas été s'exposer à une cruelle désillusion, choisir la voie de la facilité, je ne sais pas, se tromper? C'est cela dont j'ai peur, sans me l'avouer. Une terreur paresseuse, qui serpente en moi, l'effrayante perspective de la déception.
Aujourd'hui encore, j'ai aimé cette porte infranchissable. J'ai fermé les yeux pour la caresser, et j'ai senti dans ma paume sa texture veloutée, le chaud battement de son cœur sylvestre. J'ai pressé ma bouche contre sa face impassible, je l'ai étreinte comme on étreint un rêve de lendemains meilleurs. Elle m'a seulement rendu une ivresse douce, qui a flotté sur mes membres comme pour m'endormir. Et, vacillante, j'ai prié -je me rappelle, maintenant-, j'ai prié de ne jamais réussir à dépasser le seuil de cet univers, alors même que l'illusion de l'alcool qui se répandait dans mes veines révélait au monde ma lâcheté profonde. J'ai chassé de mes songes les clés et les pieds de biches, pour ne garder que le délicieux délire de la vie idéale qui somnolait là, ronronnante, dans l'attente d'un aventurier qui l'appellerait son Eldorado. Je suis restée des heures ainsi, à moitié endormie sur le sol froid, la main tendue vers l'inaccessible Éden, à seulement quelques centimètres d'une vérité que je ne voulais pas découvrir.
Je ne l'ai pas ouverte.
| Porte. |
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19/02/2010 à 18:16 |
C'est pas mal du tout. J'aime bien.
| Porte. |
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19/02/2010 à 21:17 |
Je suis intrigué maintenant... Mais que se trouve derrière cette porte ?
J'ai beaucoup aimé. C'est très bien écrit, sans aucune faute d'orthographe.
Obscure_
| Porte. |
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19/02/2010 à 21:39 |
Le sujet est ... bizarre. x)
| Porte. |
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19/02/2010 à 21:48 |
Canardvert a écrit :
Le sujet est ... bizarre. x)
Bizarre ? =)
| Porte. |
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21/02/2010 à 15:43 |
J'aime bien aussi. Ça change.
| Porte. |
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21/02/2010 à 22:11 |
Whouah.
| Porte. |
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21/02/2010 à 22:50 |
J'aime beaucoup, tant l'originalité du sujet que la manière dont tu écris. Non vraiment, mis à part deux trois détails, ce texte m'a charmé.
ASG.
| Porte. |
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22/02/2010 à 17:33 |
Texte assez prenant.
Le sujet est des plus étonnants : "Porte.", on en a peu l'habitude en de telles descriptions frôlant le sentimental, le psychique et le physique. Toutes les dimensions de l'être sont décrites. - Fabuleux écrit que tu nous offre ici.
Si il faut critiquer, alors je te dirais que tu joues trop sur les mots et parfois la signification devient brumeuse comme dans cette phrase :
"Parfois, j'aime, et alors c'est un orage; salvateur.".
En effet, dans cette courte phrase, on cherche sa signification pour enfin la lier dans le texte. Mais on se bute à une première difficulté : la ponctuation assez confuse. Si on réfléchit au sens : "Parfois" et "j'aime" est-ce lié ? ou alors "Parfois" est séparé du "j'aime" ? on ne comprend pas tout à fait le lien entre "aimer" et "l'orage". Tout d'un coup arrive l'adjectif "salvateur". Il vient sans savoir à quel mot il se rapporte puisqu'il est isolé par un point virgule, élément de séparation fort.
Deuxièmement en estimant avoir capté la phrase, on cherche son sens, et là un bute à nouveau. Certes il y a de nombreuses métaphores, mais là je n'ai pas su la comprendre, si il y en a une. Faut-il comprendre que quand il t'arrive d'aimer c'est "orange" et ça te sauve ? En décomposant on obtient "orange" : couleur flash, de l'optimisme, de la joie, ... Puis après "salvateur" : qui sauve, qui procure le salut, ...
Aïe, aïe, aïe, ... Je ne sais plus où j'en suis tant c'est brumeux.
Bon trêve de critique, ton texte malgré ce point négatif est M-a-g-n-i-f-i-q-u-e ! BRAVO
car tu ne m'as pas fait perdre mon temps, ni mon clique gauche sur le titre "Porte.", qui ne donnait pas spécialement envie de la franchir
| Porte. |
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22/02/2010 à 17:50 |
De très belles descriptions, jusque là c'est le seul texte que je lis sur ce site qui m'atteint vraiment. Je suis charmée pas parce que certains le trouve bisarre non, moi-même j'aime m'arrêter sur n'importe quel élément et y songer dessus , pour voir le monde autrement, porter un nouveau regard , s'émerveiller. Tu sais percevoir ce que d'autres n'arrivent pas à percevoir
| Porte. |
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22/02/2010 à 18:08 |
J'aime beaucoup,vraiment.
| Porte. |
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22/02/2010 à 18:15 |
J'en jouirai presque.
| Porte. |
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22/02/2010 à 18:21 |
Histoire de plussoyer ceux du dessus, j'aime bien. Tant le fond que la forme, c'est original et bien mené.
| Porte. |
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23/02/2010 à 19:44 |
Bien joué
| Porte. |
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23/02/2010 à 22:33 |
Merci pour avoir pris le temps de me lire. Merci, vraiment.